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Le mot du mois de mai : "Deishar" !
Adishatz Ciutadans 🔊 ! L’heure a sonné de deishar 🔊 le printemps... Vous ne l’avez pas ? Deishar lo tribalh 🔊 ? Deishar los chepics 🔊 ? Rassurez-vous, je vais éclairer votre lanterne, que dèishi de’vs tisocar 🔊 (je cesse de vous titiller).

Deishar 🔊 et ses variantes Daishar, Leishar, Laishar 🔊 veulent bien sûr dire laisser, mais aussi lâcher, quitter, abandonner, cesser de faire une action voire léguer, en fonction du contexte. Mais bien au-delà, il est au cœur d’une certaine philosophie gasconne. Les biarrots auront reconnu leurs crampòtas 🔊 (cabanons de pêcheurs) intitulées daisha díser e daisha har 🔊 (laisse dire, laisse faire) et ce n’est pas pour rien !


Ah, si la vie vous a deishat darrèr la talanquèra 🔊 (mettre sur une voie de garage) ou pire deishat bon tad arren 🔊 (mettre plus bas que terre), n’hésitez plus, adoptez la voie du deishar anar 🔊 ! Car oui, il s’agit là de la philosophie du lâcher prise, 1000 ans avant de devenir une mode ésotérique !

Face aux tracas du quotidien, le gascon reste toujours plus imagé et versatile : deishar córrer ; colar l’aiga ; pèisher lo moton ; trotar l’aso/la sauma/la mula ; nhacar la puç 🔊 … Et curieusement il s’offre une liberté sans pareille, allant s’apparenter à un certain « lâcher la rampe » avec deishà’s anar 🔊 (se défouler, s’abandonner) comme ont su le faire certains béarnais avec panache derrière leur Drapèu 🔊 ...

Mais le revers de la médaille pointe aussi le bout de son nez : lo laishèr, deishèr, o deishacórrer 🔊 (le laisser-aller, la nonchalance) peut évoquer un glissement vers l’abandon, qu’il soit négligent comme deishà’c tot, au bèth miei, com l’auca l’estront, com la hemsa l’auca 🔊 (tout laisser à la traîne) ou plus radical : Deishar tot aus arrats 🔊 (tout laisser à l'abandon) ou encore deishar au ras deu hèit 🔊 (abandonner à pied d’œuvre).

Au cœur du réacteur se trouvent las dèishas 🔊, les détritus, déchets, résidus, ordures qu’on ira jeter en deisheria 🔊 (déchetterie) par paquets, en cette saison de déménagements. Un lien avec l’expression « être dans la dèche » ? Pas établi avec certitude même s’il est fort probable à mon sens, avec l’avantage qu’ua dèisha 🔊 peut aussi signifier un legs… Pour ma part, c’est vite choisi !

Je ne veux pas desdeishar 🔊 (délaisser) quelques expressions hautes en couleur : il arrive que parfois, à force de deishar har los valents 🔊 (se tourner les pouces), on peut en arriver à deishà’s tirar la culòta 🔊 (se laisser dépouiller de son pouvoir) ! Dans ces cas-là deishar meilèu copà’s las aurelhas 🔊 (ne rien céder) : gardez tout ce qu’il y a de meilleur et deishatz los cardons taus asos 🔊 (laisser ce qui n'est pas bon aux imbéciles).

Allez, qu’il ne soit pas dit que je suis un deishaire 🔊 (lâcheur) : pour cette ultime chronique, je vous souhaite de passer un excellent été en sirotant moult cocktails qui’s dèishan béver 🔊 (agréables à boire) et si le chef vous ennuie au téléphone à la plage, offrez-lui le magnifique Dèisha’m estar ! 🔊 (Fiche moi la paix !) bien gascon !

Enfin, un petit cadeau que nous fait Palay, le verbe inexistant en français enterdeishà’s 🔊, qui reviendrait à dire se quitter, tout en mettant clairement en évidence son caractère de réciproque, « en bons termes » dirions-nous. Et ce n’est pas donné à tout le monde !
Michaël Barret
per Gat-esquiròu
