Lo mot deu mes, octobre de 2026

Lo mot deu mes, octobre de 2026

1 mois, 1 mot, 1 mail pour découvrir la langue ! 🚮



Marteror



Adishatz Ciutadans ! 🔊 Ce mois-ci, nous allons parler des morts ! Bouh ! Rassurez-vous, pas question de plomber l'ambiance, mais plutôt de déterrer quelques mots car il est bientôt temps de faire connaissance avec Marteror 🔊 (parfois orthographié Marteron 🔊).

 

C’est l'un des noms gascons de la Toussaint. Si son origine est incertaine, le mot pourrait venir du latin festum martyrorum, « la fête des martyrs », dédiée aux martyrs chrétiens, et dont le nom aurait traversé les siècles pour arriver jusqu'à nous. Comme quoi, certains mots ont la vie dure...

 

 

Mais en Béarn et en Gascogne, Marteror 🔊 ne se contente pas d'être une fête religieuse. C'est aussi un véritable repère dans le calendrier rural. Les chasseurs de palombes le savent bien puisque la saison se détaille au fil des saints : A sent Miquèu, apèu. A sent Luc, lo truc. A sent Grat, lo gran patac. A Marteror, la flor. A sent Martin, la fin 🔊. Autrement dit, de la Saint-Michel à la Saint-Martin, les passages se succèdent, avec leur apogée et leur déclin.

 

Marteror, la flor 🔊... Vous la voyez arriver ? On laisse de côté les palombes quelques jours pusiqu’elles commencent à se faire plus rare pour se concentrer sur les chrysanthèmes qui viennent colorer un temps donné les cimetières. Pas compliqué, il porte le nom de... marteron 🔊 ou marteroèr 🔊 !

 

 

Mais à la Toussaint, il n'y a pas que les palombes qui passent… le vin aussi ! Le marterolenc 🔊 est un cépage à maturation tardive. Et pour s’assurer d’une bonne hydratation, on rappellera souvent que de Marteror tà Nadau, pintar que cau. E lo qui posca, dinc a Pentacosta. E si lo vin ei bon, dinc a l'aute Marteror 🔊. La sobriété légendaire de nos ancêtres se passe de traduction.

 

 

Mais revenons à la fête elle-même. De Marteror 🔊 dérive l'adjectif marteroèr et marteroèra 🔊, qui désignera tout qui appartient à la Toussaint ou coïncide avec la période. Dans les Landes, il désigne aussi le métayer ou la métayère ; on le retrouve aussi sous marteron et marterona 🔊. Quel rapport ? La date, bien sûr ! La Toussaint marquait traditionnellement, le renouvellement des baux à ferme et l'entrée en service des domestiques agricoles.

 

Dans cet esprit de changement et de mouvement, on peut aussi entendre d’un couple qui aurait déménagé qu’an hèit marteror 🔊, littéralement « ils ont fait la Toussaint ». L'expression pouvait même prendre le sens de mettre la cléf sous la porte. Pas besoin de parler de cartons, de camion ou d'état des lieux : quand on fait Marteror 🔊, tout le monde comprend qu'on parle d’une forme de changement d'adresse...

 

 

L'expression pouvait d'ailleurs devenir une menace : Que't harèi har marteror ! 🔊, autrement dit en promettant à quelqu’un de lui « faire Marteror », c’est une façon bien gasconne de signifier à quelqu'un qu'il n'est pas le bienvenu.

 

Derrière toutes ces expressions se cache une même idée : Marteror 🔊 est un moment de passage. Les palombes traversent le ciel, les saisons changent, les métayers quittent une ferme pour une autre, les baux se terminent et de nouveaux commencent, on déménage, on se fait déménager... C'est une période où l'on passe d'un état à un autre, d'un lieu à un autre, d'une année agricole à la suivante.

 

 

Et ce passage ne concerne pas seulement les vivants. La légende gasconne raconte qu'à Marteror 🔊, les âmes du Purgatoire bénéficient d'un jour de trêve. Elles assistent à un banquet avant de reprendre, en procession, le chemin de leur lieu de souffrance. Et tandis qu'elles s'en retournent, elles gémissent : Marteror, Marteroàs, quan ei que tornaràs ? 🔊 — « Toussaint, Toussaint, quand reviendras-tu ? ». Un moment particulier de l'année donc, où les frontières entre morts et vivants seraient un peu moins infranchissables qu'à l'ordinaire.

 

On laissait alors de la nourriture sur la table de la cuisine la veille au soir (pain, fromage, fruits…) pour que les morts puissent se nourrir auprès du feu qui restera allumé toute la nuit. Car ici, les revenants n’ont pas l’intention de tourmenter les vivants, ils sont bienveillants et protecteurs quand on sait les honorer.

 

Le groupe Camin Casa a chanté sur son album "Tostem seguir" la chanson Marteror écrite par Michel Berdot 🔊.

 

 

Décidément, pour un mot qui parle des morts, il ne manque pas de vie !

 

Adishatz Ciutadans, e a lèu ! 🔊